La rénovation du stade Bollaert dans la perspective de l’Euro 2016 est loin d’être acquise. Des financeurs font défaut…
Mai 2010. Genève. L’Union européenne des Associations de Football (UEFA) confie à la France, préférée à la Turquie, l’organisation du championnat d’Europe des Nations. Il mettra aux prises 24
pays en juin - juillet 2016. Un an plus tard, la Fédération française de Football (FFF) désigne les neuf enceintes sportives susceptibles d’accueillir l’une des plus importantes compétitions
sportives de la planète. Au même titre que le Grand Stade de Lille, le stade Bollaert de Lens fait partie du lot. Les supporters du RC Lens s’en réjouissent. Tout comme le président Gervais
Martel qui appréhende ce rendez-vous quadriennal comme un moyen inespéré de moderniser un stade jugé « obsolète ». Le cahier des charges de l’UEFA est en effet strict. Les
architectes prévoient ainsi de porter sa capacité à 45.000 places contre 41.200 aujourd’hui mais surtout de protéger les spectateurs, tous assis, des intempéries « par une couverture
translucide de 20.000 m² ». Les tribunes Trannin, Delacourt qui se font face derrière les buts, et la Xercès où a pris place le Kop seront repensées. De même que les parkings et les sanitaires.
Davantage de loges et de salons seront aménagés « pour le public haut de gamme »...
Qui paiera ?
Estimé à 110 millions d’euros, le montant de la rénovation s’élèverait finalement à 78 millions (hors taxes) ! Mais qui paiera ? En vertu du bail emphytéotique qui le lie à la municipalité
de Lens, le propriétaire, c’est au Racing que revient la maîtrise d’ouvrage. Or, ses finances ne sont guère brillantes. Au printemps dernier, à l’heure de la descente en Ligue 2 synonyme de moins
de droits TV et de recettes publicitaires, le club a été sauvé du dépôt de bilan par l’intervention du Crédit agricole Nord de France devenue actionnaire majoritaire. Bien sûr, le RC Lens peut
compter sur le soutien financier de la Région (à hauteur de 25 millions d’euros), de l’Etat (12 millions) et de la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin (12 millions) prêts à jouer le
jeu à l’heure où le Conseil général du Pas-de-Calais s’apprête à entrer « dans une phase de réflexion ». Quant à la ville de Lens, elle rechigne à s’investir davantage. Guy
Delcourt, son maire PS, rappelle volontiers les « retombées zéro » du Mundial 1998 en matière économique ! Le premier magistrat se dit même excédé par les méthodes de l’UEFA et de
la FFF qui considéreraient « les villes où se trouvent les stades comme des vaches à lait sous prétexte que les élus seraient frigorifiés à l’idée de déplaire aux
supporters ». Son conseil municipal (les communistes exceptés) a cependant accepté le contraignant statut de « ville-hôte » de l’Euro, dicté par l’UEFA.
Quelles solutions ?
A ce jour, il manquerait encore tout de même près de 30 millions d’euros pour boucler le budget. Un emprunt bancaire demeure une gageure tant les banques, à commencer par le Crédit agricole,
doutent des capacités de remboursement du club… L’arrivée d’un nouvel actionnaire dans le holding RC Lens ? Le rachat du stade par une ou plusieurs collectivités territoriales ? Plusieurs
pistes ont été envisagées. Gervais Martel a jusqu’en mars pour trouver une solution. Nancy vient de renoncer à l’organisation de l’Euro 2016. Pourquoi pas Lens ? Maire communiste
de Rouvroy, Jean Haja ne s’en offusquerait pas dans la mesure « où l’argent public ne doit pas servir des intérêts privés. Et on peut être supporter de Lens et se passer de l’Euro ».
Jacques
KMIECIAK
L’avis de Jean-Paul Courchelle (conseiller municipal PCF d’opposition à Barlin et président du comité départemental de la Fédération sportive et gymnique du Travail - FSGT -).
« Le football est une discipline en pleine dérive avec ses présidents businessmen ou pire mafieux qui sponsorisent des clubs pour laver leur argent sale, comme en Angleterre. A
Bollaert, le spectacle est affligeant. Les joueurs sont obsédés par leur contrat. Ils ne mouillent plus le maillot comme dans les années 1960, à l’époque d’Ahmed Oudjani. Supporter de longue date
du RC Lens, je ne suis pas prêt à remettre les pieds à Bollaert, à l’heure où on s’apprête à augmenter le nombre de loges pour VIP, des espaces réservés aux gros entrepreneurs qui
viendraient y décrocher des marchés. Comme communiste, je pense que les collectivités locales n’ont pas à injecter de l’argent public pour la rénovation du stade. Ce serait une grave
erreur car la population n’a rien à en attendre sur le plan économique. Je souhaiterais que l’Euro 2016 ne se dispute pas à Lens. Cela aurait l’effet d’un cri
d’alarme ! »
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