Ce mercredi 1er mai, à l’occasion du passage à Haisnes, près de La Bassée, de la 1ère étape des 4 jours de Dunkerque, l’association Mémoire du Fond animée par Guy Dubois
manifestait « pour la sauvegarde de la fosse 6 ». Pourtant inscrit au titre des Monuments historiques et au Patrimoine mondial de l’UNESCO, le site réputé pour son chevalement
en béton de 1925 « se dégrade rapidement », insiste le poète patoisant.
Et pour cause, il « est laissé à l’abandonpar son propriétaire, une société civile immobilière basée au Luxembourg, qui souhaitait le vendre, mais ne donne plus de nouvelles
désormais ». Interdit au public, il serait encore « vandalisé et pillé ». Il se transforme d’ailleurs parfois en terrain de jeu pour amateurs de paint-ball ! Des
trous béants ou encore des émanations de gaz conforteraient sa « dangerosité ». La Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) dit « n’avoir aucun moyen de
coercition ».
Mémoire du Fond revendique cependant la municipalisation de la fosse 6, afin d’y mener à bien des projets de reconversion touristique liés à l’histoire des Mines.
A Mémoires et Cultures de la Région minière, on commence à trouver le temps long. Dès sa création au début des années 1990, l’association élisait domicile au sein de la Maison syndicale des
Mineurs, près de la place du Cantin à Lens. Elle y côtoie désormais les historiens de Gauheria, les journalistes du SNJ et bien sûr les retraités mineurs de l’URSM restés fidèles à Marcel Barrois
après la scission de 1998. Longtemps propriété de la Fédération régionale des Mineurs CGT, la Maison syndicale a été cédée en 2006 à la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin (CALL) en charge
désormais d’un bâtiment centenaire dont la façade est classée à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Or, dès 2010, la CALL aurait envisagé des travaux d’envergure susceptibles
d’affecter « le rez-de-chaussée qui abrita les bureaux d’emblématiques figures du syndicalisme minier comme Léon Delfosse ou encore Emile Wazny, et le 1erétage où se situe la grande salle de réunion. A l’époque, des plans nous avaient même été présentés sans qu’on sache pour autant à quoi allaient servir les nouveaux locaux »,
rappelle volontiers Louis Bembenek, vice-président de Mémoires et Cultures.
De report en report...
Depuis, les travaux ont sans cesse été reportés sans raisons apparentes. Plus récemment, il a été demandé aux associations de vider leurs bureaux « car ils devaient débuter en février
2013. Finalement, les travaux ne devraient pas démarrer avant octobre ! » se désole Serge Barrois. Le président de Mémoires et Cultures vit assurément mal l’incertitude permanente
dans laquelle son association est plongée. Réputée pour la qualité de ses initiatives (expositions, conférences, concerts...), Mémoires et Cultures se voit donc priver de moyens d’expression
à l’heure de la célébration du cinquantenaire des héroïques grèves de 1963. A la CALL, on semble jouer la carte du mutisme. En dépit d’appels maintes fois réitérés, Sébastien Casari, le directeur
de cabinet du président Kucheida, n’a pas répondu à nos sollicitations. Pourtant, selon Bruno Troni, maire de Billy-Montigny, « sur le plan technique, tout est ok. Les appels d’offres
ont été relancés, il y a quelques mois. Si ça coince, c’est sans doute pour une question de priorité financière, mais nous ne sommes pas dans le secret des Dieux ». Le président
du groupe communiste promet toutefois d’intervenir au plus vite auprès des services compétents pour en savoir plus...
Ses précédents travaux ont offert un regard inédit sur les rapports étroits liant le Racing-Club de Lens à la population minière. Ils font désormais autorité. L’historienne originaire du
Dunkerquois Marion Fontaine sillonne de nouveau le Bassin minier du Pas-de-Calais. Ses investigations portent désormais sur la catastrophe minière de Liévin qui fit 42 victimes en 1974.
« D’une façon générale, l’histoire des Mines à partir de 1970 m’intéressait. Peu de travaux lui ont été consacrés. La catastrophe de Liévin, la dernière de cette importance m’a aussi
sauté aux yeux. Le sujet étant désormais moins brûlant, pour un chercheur, il est désormais plus simple de s’y pencher », souligne cette professeure à l’université d’Avignon. Ses
premiers pas l’ont conduite aux Archives du Monde du Travail à Roubaix où figurent les minutes du procès qui a suivi la catastrophe avec à la clé une condamnation des Houillères. Une
première ! Des articles de presse et « divers témoignages » y figurent aussi en bonne place. Des témoignages qu’elle sollicite désormais volontiers auprès de la population
contemporaine de cet évènement (1). « Comment la catastrophe a-t-elle été perçue par les veuves des mineurs disparus, les secouristes, les syndicalistes ? » s’interroge
Marion Fontaine. Son ouvrage devrait sortir fin 2014, pour le 40e anniversaire d’une catastrophe que les militants maoïstes particulièrement mobilisés n’ont pas hésité à qualifier de
« crime », au cours d’un tribunal populaire » organisé au cinéma L’Apollo de Lens, en mars 1975.
Jacques
KMIECIAK
Pour tout contact, écrire
àMarion Fontaine : Département d'Histoire, Université d'Avignon, 74, rue Louis Pasteur 84029
Avignon Cedex 1 oumarion.fontaine@univ-avignon.fr
S’imaginer dans la peau de Georges Lech foulant la pelouse de l’enceinte mythique au milieu des années 1960. S’imprégner de l’ambiance des vestiaires. Musarder en salle de presse à décortiquer
les portraits des générations successives qui ont forgé la légende du RC Lens. Déambuler dans les tribunes aux noms qui fleurent bon les années 1950 (Tony Marek, Xercès Louis). S’inviter aux
salons pour V.I.P. S’immerger dans le passé espagnol de la ville à travers l’évocation des couleurs « Sang et Or ». Prendre la mesure de l’omnipotence des Houillères qui ont pris le
contrôle du club en 1934, lui offrant sur un plateau ses rêves de professionnalisme et un stade flambant neuf construit par des mineurs au chômage d’Avion. Appréhender (un peu) la personnalité de
Félix Bollaert, le directeur de la Société des Mines de Lens, loin de faire l’unanimité au sein de la corporation. Dans le cadre d’une visite guidée du stade Bollaert proposée par l’Office de
Tourisme de Lens-Liévin, ces opportunités vous seront offertes ce mercredi 6 février (1). « Notre public régional est essentiellement composé de supporters. Avec l’ouverture du Louvre à
Lens, nous espérons nous ouvrir à d’autres populations », commente Laurence Pottier, chargée de mission à l’Office de Tourisme. Chiche ?
Jacques
KMIECIAK
Rendez-vous ce mercredi 6 février à 10h au magasin Emotion Foot sur le parking du stade Bollaert à Lens, pour une balade d’1h 30. Tarif plein : 6 €. Réduction pour les demandeurs
d’emploi, les « 13 – 18 ans », les étudiants (3 €) et pour les « 6 – 12 ans » (1 €). Gratuit pour les enfants de moins de 6 ans. Renseignements et réservations au
03.21.67.66.66.
RASSEMBLEMENT SAMEDI 2 FÉVRIER 2013 À 14 HEURES 30 (pour les
organisateurs)et 15 HEURES (pour la manifestation), PLACE DE LA BATAILLE DE STALINGRAD (métro Stalingrad) avec
prises de parole et dépôt de fleurs au monument des héros de Stalingrad.
Malheureusement ce rassemblement tombe le même jour que la conférence fédérale du PCF du Pas-de-Calais. Je ne pourrais donc pas être présente à cette belle et
salutaire initiative.
Hervé Poly
Stalingrad, note d'Annie Lacroix Riz
Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, université Paris 7
Ce texte a été rédigé à la demande de "La presse nouvelle" et il est libre d’accès, pour toute diffusion
Voici quelques références intéressantes transmises par Annie
Lacroix-Riz:
*Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven &
London: Yale University Press, 2006 (qui devrait être traduit dans la période à venir);
*Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov. London, Icon Books, 2012.
*Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, reste fondamental.
La capitulation de l’armée de von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, marqua, pour l’opinion publique mondiale,
un tournant militaire décisif, mais qui ne fut pas le premier. Cette victoire trouve son origine dans
les préparatifs de l’URSS à la guerre allemande jugée inévitable: le dernier attaché militaire français en URSS, Palasse les estima à leur juste valeur.
Contre son ministère (de la Guerre), acharné à faire barrage aux alliances franco-soviétique et tripartite (Moscou,
Paris, Londres) qui eussent contraint le Reich à une guerre sur deux fronts, cet observateur de l’économie de guerre soviétique, de l’armée rouge et de l’état d’esprit de la population affirma
dès 1938 que l’URSS, dotée d’« une confiance inébranlable dans sa force défensive », infligerait une sévère défaite à tout agresseur. Les revers japonais dans les affrontements à la
frontière URSS-Chine-Corée en 1938-1939 (où Joukov se fit déjà remarquer) confirmèrent Palasse dans son avis : ils expliquent que Tokyo ait prudemment signé à Moscou le 13 avril 1941 le
« pacte de neutralité » qui épargna à l’URSS la guerre sur deux fronts.
Après l’attaque allemande du 22 juin 1941, le premier tournant militaire de la guerre fut la mort immédiate du Blitzkrieg. Le général Paul Doyen,
délégué de Vichy à la commission d’armistice, l’annonça ainsi à Pétain le 16 juillet 1941 : « Si le IIIème Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par
les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la
population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de
communications. Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ». Ce
général vichyste jugea la guerre allemande si gravement compromise qu’il prôna ce jour-là transition de la France du tuteur allemand (jugé encore nécessaire) au tuteur américain, puisque,
écrivit-il, « quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. » Le Vatican, meilleure agence de renseignement du
monde, s’alarma début septembre 1941 des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et
Roosevelt ».
Le second tournant militaire de la guerre fut l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou, en novembre-décembre 1941, qui consacra la capacité
politique et militaire de l’URSS, symbolisée par Staline et Joukov. Les États-Unis n’étaient pas encore officiellement entrés en guerre. Le Reich mena contre l’URSS une guerre
d’extermination, inexpiable jusqu’à sa retraite générale à l’Est, mais l’armée rouge se montra capable de faire échouer les offensives de la Wehrmacht, en particulier celle de l’été 1942
qui prétendait gagner le pétrole (caucasien). Les historiens militaires sérieux, anglo-américains notamment, jamais traduits et donc ignorés en France, travaillent plus que
jamais aujourd’hui sur ce qui a conduit à la victoire soviétique, au terme de l’affrontement commencé en juillet 1942, entre « deux armées de plus d’un million d’hommes ». Contre la
Wehrmacht, l’Armée rouge gagna cette « bataille acharnée », suivie au jour le jour par les peuples de l’Europe occupée et du monde, qui « dépassa en violence
toutes celles de la Première Guerre mondiale, pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Cette victoire qui, a écrit l’historien britannique
John Erickson, « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale », comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance
européenne ».
La victoire soviétique de Stalingrad, troisième tournant militaire soviétique, fut comprise par les populations comme le tournant de la guerre, si
flagrant que la propagande nazie ne parvint plus à le dissimuler.
L’événement posa surtout directement la question de l’après-guerre, préparé par les États-Unis enrichis par le conflit, contre l’URSS dont les pertes furent
considérables jusqu’au 8 mai 1945. La statistique générale des morts de la Deuxième Guerre mondiale témoigne de sa contribution à l’effort militaire général et de la part qu’elle
représenta dans les souffrances de cette guerre d’attrition : de 26 à 28 millions de morts soviétiques (les chiffres ne cessent d’être réévalués) sur environ 50, dont plus
de la moitié de civils. Il y eut moins de 300 000 morts américains, tous militaires, sur les fronts japonais et européen. Ce n’est pas faire injure à l’histoire que de noter
que les États-Unis, riches et puissants, maîtres des lendemains de guerre, ne purent vaincre l’Allemagne et gagner la paix que parce que l’URSS avait infligé une défaite
écrasante à la Wehrmacht. Ce n’est pas « le général Hiver » qui l’avait vaincue, lui qui n’avait pas empêché la Reichswehr de rester en 1917-1918 victorieuse à l’Est.
La France a confirmé la russophobie, obsessionnelle depuis 1917, qui lui a valu, entre autres, la Débâcle de mai-juin 1940, en
omettant d’honorer la Russie lors du 60e anniversaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Le thème du sauvetage américain de « l’Europe » s’est imposé au fil
des années de célébration dudit débarquement. Les plus vieux d’entre nous savent, même quand ils ne sont pas historiens, que Stalingrad a donné aux peuples
l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Ce n’est qu’en raison d’un matraquage
idéologique obsédant que les jeunes générations l’ignorent.