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Le 2 février 1965, 21 mineurs sont morts à la fosse 7 d’Avion, victimes d’un coup de grisou. Ils laissèrent 41 orphelins et des familles éplorées. Ce samedi, un hommage appuyé leur a été rendu, au monument des Victimes du Travail, à l’initiative de la section locale de la CGT Mineurs conduite par Raymond Frackowiak (notre photo) et de la municipalité communiste. Le maire d’Avion y a fustigé l’attitude des Houillères coupables de « négligences en matière de sécurité ». L’occasion aussi pour Jean-Marc Tellier de railler l’attitude actuelle du Parti socialiste qui « met à l’honneur d’anciens mineurs en bleu de travail lors de l’inauguration du Louvre-Lens » mais ne donne aucune assurance quant à la pérennisation des acquis « des mineurs et de leurs ayants droit en matière de santé et de protection sociale ».
J K
HOMMAGE A NOTRE CAMARADE GEORGES LOUCHET
On peut imaginer qu'il faisait le même temps qu'aujourd'hui, quand le 1er novembre 1943 à exactement 16 h 43, trois de nos camarades étaient fusillés côte à côte dans les fossés de la citadelle.
Deux d'entre eux étaient très jeunes, le troisième aurait pu être leur père.
Furent en effet exécutés ce jour là : Paul Camphin, âgé de 21 ans, son copain de toujours, Georges Santerne, 19 ans, et Georges Louchet qui en avait 46.
Georges Louchet avait été arrêté le 17 août 1943 par les services de police allemands du GFP d'Arras.
C'est un résistant, arrêté peu avant, qui, sous la torture, avait fini par révéler à la Gestapo que Georges Louchet hébergeait régulièrement chez lui d'autres résistants.
Georges Louchet et sa famille habitaient alors, dans un chemin peu fréquenté à la limite d'Anzin St Aubin et de Ste Catherine.
Il s’était réfugié là parce qu’il avait été chassé de la cité des cheminots d’Arras enj 1941, suite à sa révocation de la SNCF, à cause des ses activités syndicales et communistes. Jusqu'alors Georges Louchet était cheminot au dépôt d'Arras, comme plombier zingueur.
Il avait retrouvé un travail comme couvreur.
C'est donc chez lui que les policiers ont découvert Armand Pilard, un résistant de Liévin qui vivait dans l'illégalité.
Peu avant ils auraient pu trouver chez les Louchet plusieurs autres responsables FTP recherchés, comme Bodelot et Charles Debarge.
La perquisition a permis aussi de découvrir une importante documentation du parti communiste et un fichier comportant une cinquantaine de noms de membres du parti.
Georges Louchet fut aussitôt emmené à la prison Saint-Nicaise d'Arras avec sa femme Marthe, et son fils Maurice alors âgé de 16 ans. Il avait une autre fille âgée de cinq ans, Marthe, qui fut recueillie par sa sœur aînée Georgette qui était mariée et vivait à Arras.
Avant guerre Georges Louchet était secrétaire de la cellule communiste des cheminots.
Il vendait toutes les semaines le journal communiste l'Enchaîné ce qui ne l'empêchait pas chaque dimanche de chanter dans la chorale de l'église St Christophe de la cité des cheminots. C'était un ouvrier, père de famille, très estimé dans toute la cité.
Il y -avait à cette époque 970 cheminots au -dépôt d'Arras dont plusieurs centaures de syndiqués à là CGT. Le parti communiste y était influent.
De 1938 à 1939 au plus fort de la Guerre d'Espagne, des familles de cheminots d'Arras et Achicourt avaient recueilli des enfants espagnols réfugiés. La famille Louchet,, avait adopté deux gosses : Angelès et José.
Sitôt arrêté, Georges Louchet fut confié à la Gestapo,
qui siégeait place de la préfecture, pour subir les terribles interrogatoires qu'on connaît . Son camarade Armand Pilard, arrêté chez lui, mourut sous la torture. Georges Louchet, croupit ensuite plus de 2 mois en cellule avant d'être exécuté.
Sa famille ne fut pas épargnée.
Sa femme Marthe fut transférée à la prison St Gilles, en Belgique, puis déportée en Allemagne près de Leipzig. Lors d'un. transfert en gare de Dusseldorf, elle eut la douleur de croiser, sans pouvoir l'approcher, son fils Maurice, menottes au poignet. Elle apprendra en rentrant l'exécution de son mari. Elle sera libérée par les troupes soviétiques.
Marthe Louchet sera un temps conseillère municipale et décorée de la légion d'Honneur.
Le jeune Maurice sera incarcéré, à St Nicaise, un temps avec Paul Camphin et le maire d'Arras, Fernand Lobbedez. Puis il sera transféré en Belgique (où les geôliers allemands lui apprendront, en le narguant, la mort de son père) puis en Allemagne. Il sera libéré par les troupes américaines.
Il est décédé à Arras il y a peu de temps
Le 10 octobre 1943, dans une dernière lettre à sa fille aînée (qui vit toujours à Anzin près de l'endroit où son père fut arrêté) Georges Louchet écrivait:
« Ma chère Georgette,
J'ai passé au tribunal la semaine passée, et j'ai été condamné à une forte peine, aussi ma chère fille il enfant pas te faire d'illusion sur mon cas,
Il ne s'agit pas de pleurer, il faut être forte comme ton papa l'a toujours été. Je te recommande de toujours suivre le droit chemin et d'élever ta chère petite comme nous avons su vous élever. »
En Second Lieu, un dépôt de fleurs sur le caveau de la famille Lanvin par le fait que notre camarade Marc fut assassiné lâchement par des hommes de main du candidat de la droite gaulliste, l’UDR le samedi 29 juin 1968, à l’âge de 18 ans.
1941-1944 : Jeunes Résistants contre les trains de la werhmacht
Comme chaque année, le 1er novembre, la section communiste d’Arras rendra un hommage à ses camarades héros de la Résistance, face au Caveau des fusillés et déportés du Cimetière d’Arras.
A cette occasion signalons l’important article consacré à un aspect particulier de la Résistance dans notre département, par la Revue d’Histoire GAUHERIA. Dans son dernier numéro, cette revue dresse en plusieurs pages le bilan impressionnant des 341 SABOTAGES opérés par la Résistance sur le Réseau de la SNCF du Pas-de-Calais et de la Somme.
Par explosifs ou déboulonnages de rails, contre les installations ferroviaires et les convois de matériel et de troupes allemandes , ces coups portés à l’occupant ont été opérés dès mai 1941 jusqu’à la Libération.
Presque tous, précisent les historiens, ont été menés par des Résistants FTP, « Francs-Tireurs et Partisans » (recrutés par le Parti Communiste).
Grâce à Roger Pannequin, dirigeant éminent de la Résistance dans notre Région, on a pu retrouver pour certains de ces sabotages les noms de ceux qui les ont entrepris et nous avons relevé dans la liste détaillée fournie par Gauhéria, bon nombre d’actes commis dans la région d’Arras. Rappelons en quelques uns :
Le premier des sabotages a eu lieu le 7 mai 1941 à Vimy, sur la ligne Arras-Lens au passage d’un train de permissionnaires. Il a malheureusement coûté la vie au jeune Marcel Dandre d’Avion (mortellement blessé par ses propres explosifs). Son camarade Albert Beckaert qui l’accompagnait , a été arrêté et fut le premier fusillé à la Citadelle d’Arras, le 21 août 1941.
Le 25 août 1941, une tentative de dynamitage d’un transfo, en gare d’Arras, était menée par Paul Camphin et Georges Santerne (deux jeunes arrageois de 19 et 17 ans qui seront arrêtés 2 ans plus tard et fusillés le 1er août 1943 à la Citadelle).
Le 26 mars 1942, Paul. Camphin, Georges . Santerne et Georges Louchet (qui sera fusillé lui aussi le 1er novembre 1943) ont déboulonné un rail à proximité de la gare d’Arras, retardant le départ d’un train de permissionnaires de la werhmacht.
Le même jour une charge d’explosifs (déposée par G. Louchet, P. Camphin, G. Santerne) a été découverte sur la ligne Arras-Paris à hauteur de Boisleux-au Mont. Elle a tué le soldat allemand qui l’avait découverte.
Le 7 avril 1942 à Saulty-l’Arbret sur la ligne Arras-Doullens, P. Camphin et G. Santerne, volent tout un outillage de boulonnage de rails.
Le 11 février 1943, (Jules Warret, Lefèbvre et Duriez) réussissent sur la ligne Arras-Douai, à hauteur de Feuchy, le spectaculaire déraillement d’un train : la locomotive et ses 25 wagons .
Le même jour, à St-Laurent-Blangy, sur la ligne Arras-Douai c’est le déraillement d’un autre train allemand : la locomotive et ses 17 wagons.
Etc…
Bien que menés avec des moyens souvent rudimentaires, ces centaines de sabotages ont porté des coups de plus en plus sévères à la machine de guerre allemande et hâté la libération de notre pays.
N’oublions jamais que bien de nos jeunes camarades les ont payé de leur vie.
Nous sommes le 2 octobre 1972. Georges Pompidou et la République française déploient le tapis rouge à l’arrivée d’Edward Gierek en visite officielle en France. Le secrétaire du POUP (Parti ouvrier unifié polonais) au pouvoir en Pologne populaire est reçu avec les honneurs dus à un chef d’Etat. Il est pourtant toujours sous le coup d’un décret d’expulsion et d’une interdiction de séjour produits à son encontre à Leforest en août… 1934.

Eté 1934. Edward Gierek achève son périple dans l’Hexagone entamée dix ans plus tôt, dans la foulée d’une grève retentissante menée à la fosse 10 de Leforest. Le 6 août à l’initiative de la CGTU (Confédération générale du Travail unitaire), 200 mineurs polonais cessent le travail pour exiger l’abolition du système répressif (amendes, brimades, congédiements etc.) imposé par la Société des Mines de l’Escarpelle. Celle-ci exploite la crise économique pour se séparer à bon compte de ses éléments étrangers les plus revendicatifs. La réponse du patronat et de l’Etat ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, en dépit de promesses d’impunité, 120 grévistes sont licenciés, 6 jetés en prison, et 77 font l’objet d’un décret d’expulsion. Mineur gréviste, Edward Gierek fait partie du lot. Il a 21 ans. Syndiqué à la CGTU, il est aussi carté au PCF sous le pseudonyme de Jaros. Dès le 11 août, il est renvoyé en Pologne par train ; « sa présence étant de nature à compromettre la sûreté publique ». Edward Gierek a 21 ans.
Du Limbourg à Varsovie !
A la Libération, on retrouve sa trace en Belgique. Il y exerce en effet dans les mines du Limbourg flamand depuis 1937. Communiste, il participe naturellement à la politique de rapatriements, volontaires cette fois, orchestrée par la Pologne populaire qui appelle ses « fils disséminés à travers le monde au retour » dans un pays meurtri par six années d’occupation nazie. L’heure est à la reconstruction. Edward regagne sa Silésie d’origine en 1948. En Pologne, la noblesse et la bourgeoisie ont été chassées des postes à responsabilité. Le régime confie des fonctions importantes aux ouvriers rapatriés d’Europe occidentale. D’anciennes « Gueules noires » y deviennent maires, directeurs d’usine ou même préfets ! Membre du POUP, Edward Gierek gravit rapidement les échelles de la hiérarchie. En 1949, il est nommé premier secrétaire de la voïvodie (arrondissement) de Katowice, puis en 1956, élu membre du Comité central du POUP avant d’intégrer son secrétariat deux ans plus tard. Extrêmement populaire en Silésie qu’il conduit sur la voie d’une certaine prospérité, il accède au poste de premier secrétaire du POUP en décembre 1970, à la suite de Wladyslaw Gomulka victime des évènements de la Baltique. Il est alors l’équivalent d’un chef d’Etat.
« Adoré des mineurs du Nord »…
L’accession d’un ancien mineur de Leforest à la tête de l’Etat fait la une de La Voix du Nord et Nord-Matin. Sa popularité auprès des milieux ouvriers progressistes semble forte. « Il était adoré des anciens mineurs du Nord », prétend même Rémi Jagodzinski de Sallaumines. Le Bassin minier ? Il y serait d’ailleurs revenu discrètement « dans les années 1960 à la tête de délégation de Silésie rencontrer le PCF ou la CGT », selon André Démarez, ancien journaliste à Liberté. Edward Gierek restera aussi dans l’Histoire comme l’un des artisans de la détente entre l’Est et l’Ouest. Les premières années de son mandat coïncideront avec une amélioration de la situation économique, en partie fondée sur le recours aux emprunts à l’étranger. La crise mondiale du capitalisme aura finalement raison de cette dynamique. Edward Gierek abandonne le pouvoir en 1980… Fin juillet 2001, il s’éteint à l’âge de 88 ans, des suites d’une insuffisance pulmonaire due à la silicose. Au terme d’une existence riche en rebondissements, son passé nordiste le rattrape…
Jacques
KMIECIAK
L’association des Amis d’Edward Gierek collecte documents et témoignages sur son parcours syndical et politique. Pour tout contact : Les Amis d’Edward Gierek, 22, rue nationale, 62 150 Rebreuve-Ranchicourt. Tel. 03.21.64.10.94.
Un personnage attachant !
Figure de proue de la CGT des mineurs, Emile Wazny, aujourd’hui disparu, a rencontré Edward Gierek à de multiples reprises. Il évoquait « un homme d’une grande prestance qui connaissait très bien le français ». En 1970, cafetier à Leforest et membre du PCF, Albert Trepanski en gardait un souvenir ému : « C’était un grand garçon très costaud. Il ne parlait pas un mot de français quand il est arrivé. Aussi s’accrochait-il aux anciens Polonais qui, comme moi, étaient arrivés avant, dans les années 1920. Il était très gentil et beaucoup plus instruit que ses autres camarades. » Une autre de ses connaissances d’alors met en avant la dimension ascétique (« Il ne fumait pas plus qu’il ne buvait.») de ce boxeur émérite de l’Etoile sportive de Leforest. En octobre 1972, Edward Gierek, francophile convaincu, a l’opportunité de retrouver ces « vieilles connaissances » du Bassin minier à l’ambassade de Pologne à Paris. Il y reçoit le maire socialiste de Leforest, mais aussi son camarade Albert Trepanski, Emile Wazny ou encore Jean Wroblewski, le maire communiste de Marles-les-Mines. Pour une question de timing toutefois, il ne pourra faire le déplacement à Leforest. Au grand dam de ses supporters ! Edward Gierek reviendra en France en 1979 à l’invitation de Valery Giscard d’Estaing, cette fois. En Pologne, auprès de certains cercles du pouvoir, sa personnalité ne faisait pourtant pas l’unanimité. « Ainsi, il était peu apprécié de l’intelligentsia de Varsovie ou de Cracovie. On l’appelait le Français. D’ailleurs, ses méthodes à l’occidental ne plaisaient pas non plus à tout le monde. Pas question avec lui de truquer les statistiques économiques par exemple », souffle André Démarez d’Eleu-dit-Leauwette, qui l’approcha en Pologne, en sa qualité de correspondant de L’Humanité à Varsovie de 1977 à 1979.
J K
« réconcilier le passé et l'avenir, en ne gardant de l'un que ce qui peut servir à l'autre ».
"Qu'ils sont pauvres, ceux qui n'ont pas de patience !" [William Shakespeare] Extrait d'Hamlet.