Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Hervé Poly

Vasyl Poryk, ce héros

20 Septembre 2013, 08:50am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Dimanche 15 septembre, en présence du PCF, un hommage a été rendu aux martyrs dont les noms ornent les murs de la citadelle d’Arras. Bon nombre de ces résistants étaient communistes à l’instar du lieutenant ukrainien Vasyl Poryk élevé au rang de « héros » en URSS.

 

heninbeaumontporik-copie-1.jpg

En Ukraine, son village natal porte son nom. Un musée lui est même dédié. Chaque printemps, l’ambassade d’Ukraine en France lui rend hommage à Hénin-Beaumont où il repose. Officier de l’Armée rouge, Vasyl Poryk a combattu, les armes à la main, l’extrême droite dans le Bassin minier. Il est « la » figure de la résistance soviétique en France. Né en 1920 en Ukraine, dans une famille de paysans, Vasyl Poryk sort, en 1941, de l’école militaire de Kharkov, le grade de lieutenant en poche. Fait prisonnier lors de la Grande Guerre Patriotique contre l’Allemagne hitlérienne, il est déporté dans le Nord-Pas-de-Calais, vraisemblablement début 1943, avant d’être transféré vers le camp de prisonniers de guerre soviétiques de Beaumont, près d’Hénin-Liétard. C’est dans les fosses de la compagnie des Mines de Drocourt où il travaille qu’il noue rapidement des liens avec la Résistance. Ses contemporains mettent en avant la gentillesse d’un homme aussi courtois dans la vie qu’intransigeant dans la lutte mais aussi son autorité naturelle, son charisme, son courage et sa « foi dans la défaite inéluctable du nazisme ».

 

Du sabotage à la lutte armée


Un « officier hardi à l’action efficace », un combattant téméraire surtout. Il « est revenu une fois à la maison en tenue d’officier soviétique, une mitraillette à la main », confiait jadis Emilie Offre. A l’automne 1943, elle et son mari Gaston, résistants tous les deux, l’hébergeront à leur domicile de la rue Jules-Ferry à Hénin, suite à son évasion du camp de Beaumont, avec le soutien des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) dont il a rejoint les rangs. Onze gardes wallons, des rexistes, auraient fait les frais de cette spectaculaire opération. Le temps des sabotages dans les Mines est bien terminé. Des camps de prisonniers, Vasyl Poryk organise désormais la fuite de militaires soviétiques ou de civils ukrainiens raflés. Sous l’autorité de Victor Tourtois, dirigeant des FTP dans l’Héninois, il mène la guérilla contre l’occupant. Les troupes dont il a pris le commandement sont composées de Français, de Soviétiques, de Polonais, etc. On leur prête un bilan édifiant de « 300 soldats et officiers tués ou blessés, 11 convois militaires déraillés, 2 ponts détruits » ! Mais aussi la mise hors d’état de nuire de collaborateurs notoires ou des attaques de dépôts de munitions et de vivres. Fin avril 1944, informés de la présence d’évadés soviétiques dans le quartier de la Parisienne à Hénin, des dizaines de soldats allemands cernent la cité. Vasyl Kolesnyk, son fidèle camarade, est abattu. Blessé à la jambe, Poryk est lui transféré à la prison Saint-Nicaise à Arras puis torturé. Son calvaire se poursuit « dix-huit jours durant » jusqu’à son évasion rocambolesque et son retour, à travers champs et au prix de mille dangers, dans sa famille d’adoption.

 

Sa tête mise à prix !


Encore convalescent, il reprend néanmoins ses activités. Poryk, le bolchévique, défie le IIIe Reich dans son antre de la « zone interdite ». Aussi mobilise-t-il toute l’énergie mortifère de l’occupant qui met sa tête à prix. La traque prend fin au cœur de la cité 5 à cheval entre Grenay et Loos-en-Gohelle. Nous sommes le 22 juillet 1944. L’officier tombe dans un guet-apens. Et c’est mourant ou peut-être même déjà mort que les nazis le fusillent à la citadelle d’Arras… Oublié à la libération, Vasyl Poryk tout comme son compagnon Vasyl Kolesnyk qui repose à ses côtés, connaissent un regain de notoriété posthume à la faveur de l’inauguration de l’impressionnant monument du cimetière d’Hénin sculpté dans le granit, imaginé par les autorités soviétiques. Nous sommes le 18 février 1968. La cérémonie attire la foule et des dizaines de militants communistes qui saluent l’un des leurs. L’occasion de vanter les mérites de l’internationalisme prolétarien et les vertus du dévouement antifasciste. Des thèmes qui, à Hénin-Beaumont, n’ont rien perdu de leur actualité…

 

 

Jacques KMIECIAK

Liberté Hebdo Nord-Pas-de-Calais

Commenter cet article