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Le blog de Hervé Poly

Les libéraux reconduits au pouvoir : La Pologne à l’heure de la désespérance sociale.

22 Décembre 2011, 05:11am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Leader de la très libérale et pro-européenne Plate-Forme civique (PO) vainqueur de l’élection législative (1), Donald Tusk a été reconduit dans ses fonctions de Premier ministre. Il promet une cure d’austérité à un pays qui, avec son près de 4 % de croissance en 2010, faisait figure de bon élève de l’Union européenne ! Une « réussite » qui dissimulait pourtant mal une situation sociale catastrophique. Maître de conférences à l’Institut national des Langues et Civilisations orientales de Paris, spécialiste de la Pologne, Bruno Drweski, nous livre son analyse du cas polonais.

 

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51, 13 % d’abstention ! Pour Bruno Drweski, c’est le fait marquant de la récente élection législative, qui interpelle d’autant plus que « le taux d’abstention augmente à chaque élection ». Comme si les citoyens polonais manifestaient ainsi une certaine défiance à l’égard des partis politiques dans lesquels ils ne se retrouvent pas. « Ici, plus qu’ailleurs, ne pas aller voter est un acte politique. C’est une tradition qui remonte à l’entre-deux-guerres, à l’époque des Colonels », observe-t-il. Une façon aussi peut-être de manifester sa nostalgie de la Pologne populaire ? « Sans doute aussi dans le mesure où cet électorat n’a pas d’organisations pour qui voter. » Le Parti communiste polonais reste à l’état de « groupuscule ». Quant à l’Alliance de la Gauche démocratique (SLD) héritier direct du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) au pouvoir jusqu’en 1989, un temps miné par la corruption de ses dirigeants, il « se réclame aujourd’hui d’une social-démocratie qui s’apparente plutôt à du social-libéralisme. A leurs yeux, Blair est un dangereux gauchiste ».

 

Nostalgie d’un Etat protecteur ?

 

Même le très conservateur et anti-européen parti Droit et Justice (PIS) de Jaroslaw Kaczynski surfe sur la vague de la nostalgie de la Pologne populaire. Dans un pays où, selon des rapports officiels, un tiers de la population vit dans la pauvreté et des milliers d’enfants sont sous-alimentés, le PIS s’y emploie d’une façon « bien entendu hypocrite mais intelligente ». Anticommuniste par essence, il s’appuie sur la force relative de l’Eglise pour faire passer son message. Ces personnes âgées qui cherchent dans les poubelles de quoi se nourrir, ces salariés travaillant parfois sept jours sur sept mais souvent privés d’assurance santé ou de congés payés, ces milliers de laissés pour compte de la restauration capitaliste peuvent être séduits par un discours qui «  se veut largement plus social que celui du PO, son rival libéral au pouvoir. Celui-ci est dans une logique de culpabilisation des pauvres en leur assénant que s’ils ne réussissent pas, ce n’est pas la faute du système, mais bien la leur parce qu’ils ne travaillent pas assez !».

 

Logique de culpabilisation


Un discours culpabilisateur qui sert au final une logique de casse des acquis sociaux déjà en partie broyée par la thérapie de choc imposée, dès 1990, par les amis de Lech Walesa passés d’un idéal autogestionnaire au libéralisme le plus échevelé. Aujourd’hui, les dirigeants « expliquent qu’il s’agit de donner un ultime coup de collier pour que la Pologne parvienne au niveau des pays les plus développés d’Europe. L’exercice de la présidence de l’Union européenne et l’organisation du championnat d’Europe de football en 2012, sont la preuve pour les libéraux que la Pologne va dans la bonne direction et qu’elle est reconnue par l’extérieur ». Pour Bruno Drweski, le « mythe de la réussite exemplaire est appelé à se fissurer dans la mesure où nous avons affaire à une croissance factice qui s’appuie sur des investissements à court terme. Et aussi parce que le pays va être rattrapé par la crise. C’est d’une réindustrialisation dont aurait besoin le Pologne ». Un pays qui a aussi massivement recouru à l’émigration vers la Grande-Bretagne et de l’Irlande à partir de 2004. Indéniablement, ces départs ont fait chuter le taux de chômage. L’émigration a agi comme une soupape de sûreté pour éviter l’explosion sociale. Dans un pays où en vingt ans, les inégalités se sont creusées de façon abyssale, le nouveau tour de vis voulu par le gouvernement aura-t-il l’effet inverse ?

 

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  1. Le 9 octobre dernier, avec 39 % des voix, le PO a devancé le PIS (Droit et Justice) de Jaroslaw Kaczynski (29 %), le Mouvement Palikot (10 %), le Parti paysan polonais (8 %) et l’Alliance de la Gauche démocratique (8 %).

 


 

Piotr Ikonowicz et le fléau des expulsions


Journaliste de 55 ans, Piotr Ikonowicz a été député à la Diète de 1993 à 2001. Il se revendique d’une « gauche marxisante ». A ce titre, cet ancien partisan de Solidarnosc milite «  en faveur de la défense des services publics et auprès des couches sociales marginalisées ». Aujourd’hui, Piotr Ikonowicz est particulièrement actif dans un mouvement de défense des locataires menacés d’expulsion. « Pour le moment, l’unique mouvement social dynamique, c’est le mouvement des locataires », observe cet ancien candidat à la Présidentielle. Et pour cause ! Un million de familles seraient concernées par ce fléau. Bon nombre habitent dans des appartements d’anciennes usines d’Etats aujourd’hui privatisées. « Ils sont chômeurs ou travaillent dans des conditions précaires. Ils sont tenus de payer un loyer au prix du marché. Economiquement, c’est impossible… La Pologne vit une crise sociale très profonde », s’émeut-il. Aussi Piotr œuvre à l’unification des mouvements de contestation qui se situe dans le giron d’une gauche radicalement sociale. « Notre objectif est de réussir un mouvement très vaste avec beaucoup d’associations. Quand cette organisation sera stabilisée et consolidée, nous nous présenterons aux élections » annonciatrices peut-être alors de lendemains qui rechanteraient enfin ?

J.K.

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