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Le blog de Hervé Poly

Immersion dans les années 20 à Boulogne, quand le PC était « le parti de l'avenir »

11 Octobre 2011, 06:55am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

jeudi 15.09.2011, 05:07  - La Voix du Nord

 

 À St-Étienne-au-Mont, André Labouyrie a été conseiller municipal de Jean Bardol, figure communiste locale, durant deux mandats.
À St-Étienne-au-Mont, André Labouyrie a été conseiller municipal de Jean Bardol, figure communiste locale, durant deux mandats.

|  OUVRAGE |

Né à Mont-de-Marsan en même temps que l'arrivée du Front populaire, André Labouyrie a « naturellement » le coeur ancré à gauche. Arrivé à Boulogne en 1961, professeur d'histoire-géo au lycée Mariette durant une trentaine d'années, il avait réalisé son mémoire d'études sur « L'agglomération boulonnaise et le Parti communiste français, de 1921 à 1939 ». Ces dernières années, il l'a actualisé et enrichi, pour en faire un livre complet, dense et passionnant.

 

 

- Pourquoi cet intérêt pour le PC ?


« Je suis d'origine modeste, je suis né en 36, dans le Sud-Ouest, j'ai connu la lutte des classes avec les paysans métayers, j'ai vu les réfugiés espagnols arriver chez nous et fuir le franquisme... J'ai baigné dans cette ambiance. Et puis il y a eu la guerre, même si ça a été moins terrible qu'ici.

C'est l'époque aussi où j'ai lu Henri Lefebvre, qui a introduit les oeuvres marxistes en France. C'était l'époque d'Éluard, d'Aragon, de ces "savants" communistes, c'était séduisant. »  

 

- Quand avez-vous adhéré ?


« En novembre 56. C'était une époque particulière, l'Union soviétique avait écrasé la révolte hongroise et je voyais des communistes déchirer leur carte ! Mais quelques mois avant, il y avait aussi eu le rapport Khrouchtchev, qui dénonçait les crimes de Staline et soulignait qu'il fallait revenir à Marx. J'ai donc adhéré à cette époque-là, avec une distanciation attentive. »

 

- Comment s'est faite l'implantation du parti dans le Boulonnais ?


« Tout d'abord, je voudrais souligner qu'il est très difficile de retrouver des données car le parti n'a jamais eu d'archives et comme il a été interdit en 1939 après la signature du pacte germano-soviétique, tout a été brûlé. Toujours est-il qu'ici, avant la Première Guerre et la révolution russe, la SFIO était le premier parti. Et puis il y a eu le désir d'un monde nouveau, et le parti communiste est apparu comme le parti de la paix, de l'avenir et la révolution de 1917 a été perçue de manière très sympathique et pleine d'espoir. Des militants socialistes partaient au PC. Auguste Chochoy par exemple, qui a été maire de Boulogne en 1918 à la mort de Félix Adam, a fondé le parti socialiste ici en 1905 puis le parti communiste en 1921. Arthur Baly, une figure de l'époque, déclarait : "Être socialiste, c'est aujourd'hui devenir communiste." ! » - À Boulogne, le terreau était favorable à l'essor d'un parti ouvrier... « C'était une ville pauvre, avec des métiers terribles comme celui de docker par exemple. Et c'est vrai qu'il y avait une tradition. Par exemple, le 1er mai 1919, 8 000 manifestants ont parcouru les rues, des métallos, des dockers, des personnes qui avaient été mobilisées et qui étaient écoeurées. » - Les cellules ont permis cet essor... « Oui, cela correspond à la bolchevisation, à partir de 1924. La consigne était : le parti communiste est un parti de travailleurs, il faut aller là où ils sont, dans les entreprises. Mais ce n'était pas facile car le patronat était terrible, les ouvriers étaient menacés d'être mis dehors. On retrouvait ici plusieurs cellules aux APO à Outreau, ainsi que sur le port de Boulogne (on estime le nombre d'adhérents, fin 1928, entre 200 et 300). » -

 

Était-ce la plus belle époque du parti communiste ?


« C'est vrai que pour la gauche en général, il y a eu 36, le Front populaire, mais ils en bavaient quand même. Je pense qu'en France, et à Boulogne, la meilleure période, ce sont les années 50 et 60, malgré les problèmes en Hongrie, en Tchécoslovaquie... Localement, à cette époque, deux figures ressortent : Jean Bardol d'abord, qui a dirigé le PC ici des années 50 à 90, qui a été maire de St-Étienne-au-Mont et sénateur, et puis le militant de la CGT Marcel Gournay, un homme extrêmement intelligent. » •

 

« L'agglomération boulonnaise et le parti communiste français, de 1921 à 1939 », 473 p, 18 E. En vente à Chapitre, au centre culturel Leclerc, à la librairie L'Horizon (Boulogne), au Furet (Calais) et à la mairie de St-Étienne-au-Mont. Mail : labouyrie.andre@wanadoo.fr

 

PROPOS RECUEILLIS PAR MATTHIEU DELCROIX

boulogne@lavoixdunord.fr

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