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Le blog de Hervé Poly

Calais : Virginie Quenez, une robe noire issue de la classe ouvrière

19 Janvier 2014, 15:59pm

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

 

Publié le 19/01/2014

Par Nord Littoral

| PORTRAIT DE CAMPAGNE |

Virginie Quenez défend les salariés de Calaire (photo), et ceux de LK industries. Deux dossiers qui ont marqué 2013, et dont on reparlera cette année.
L'année calaisienne a été durement marquée par les liquidation de Calaire Chimie et de LK Industries, précipitant 173 personnes au chômage. Dans ces deux cas, les salariés ont choisi maître Virginie Quenez pour les défendre. Une avocate, fille d'ouvriers, dont l'engagement trouve son origine dans l'histoire familiale « Après avoir vécu le licenciement de mon père, j'ai réalisé que je ne supportais pas l'injustice », confie Virginie Quenez. Cet événement malheureux a été déterminant, tant sur son choix de carrière que sur son engagement politique. Membre du Parti communiste, elle est conseillère municipale d'opposition et de nouveau candidate derrière Jacky Hénin pour les prochaines municipales.
Maître Quenez est fille d'ouvriers : « Mon père a subi un licenciement économique chez Courtaulds. Et ma mère, toujours en activité, a longtemps travaillé sur les marchés... Après un licenciement économique, plein de choses peuvent se passer dans une famille. Je l'ai vécu, et c'est toujours ce que je crains pour les salariés licenciés, comme le sont en ce moment les salariés de Calaire et de LKI. Chez moi, ça s'est traduit par le divorce de mes parents... » Son projet de défendre les salariés vient de là. Celui de devenir avocate a suivi peu après, déclenché par une rencontre avec un autre défenseur des salariés, un syndicaliste : « J'ai eu la chance de rencontrer un monsieur que j'apprécie particulièrement, qui est Michel Piérié. A l'époque, il était encore permanent de la CGT (il est aujourd'hui retraité et président des Amis du Vieux Calais, NDLR). Il m'a formée et, surtout, il m'a permis d'aller plaider aux prud'hommes. » La future avocate n'a alors qu'une vingtaine d'années et son mandat de déléguée syndicale. Face à elle, dans la salle d'audience des prud'hommes de Calais, il y a maître Antoine Deguines et il y a, surtout, l'authentique dossier d'une salariée à défendre. « En sortant, je me suis dit : "C'est ça que je veux faire !" » Du reste, sa plaignante a eu gain de cause...


Le chemin vers le statut d'avocat n'a pas été confortable pour Virginie Quenez. Bac L en poche, la jeune Calaisienne fait quatre années de droit à Boulogne. Les moyens financiers de la famille ne lui permettent pas d'aller plus loin. Suit un job de surveillante au lycée Berthelot quelque temps, avant de se décider à passer le concours de l'école d'avocats d'Amiens : « A l'époque, l'école se faisait en un an. Ça a été une année très difficile pour moi. » Les cours lui imposent de passer deux nuits par semaine à Amiens. Par mesure d'économie, elle partage une chambre d'un hôtel Formule 1 avec deux autres étudiantes. « Pour le reste, dit-elle, c'est comme dans toutes les études : il faut travailler. Quant à la question de mes origines sociales, elle ne se posait pas. Beaucoup de mes copains et copines de promo étaient des enfants d'ouvriers eux aussi.» Diplômée, c'est d'abord au barreau de Lille que Virginie Quenez revêt la robe noire. Elle est collaboratrice de maître Mario Califano, « auprès de qui j'ai beaucoup appris », mais son attachement à Calais est le plus fort. Elle saisit sans hésiter l'opportunité de s'associer à maitre Jean-Louis Coppin, dont le cabinet est installé au Beau-Marais.

« Les effets de manche, c'est ridicule »


Virginie Quenez a choisi de se spécialiser dans le droit social. D'un caractère enjoué, parfois piquant, l'avocate rejette en tout cas l'idée qu'on peut se faire se son métier : « Un avocat n'a pas à s'inventer de personnage, de faire des effets de manche à tout prix. C'est ridicule et les clients s'en aperçoivent vite, les juges aussi, et ça finit par desservir le dossier et ça nous discrédite nous-même. On n'est pas au théâtre. En même temps, c'est vrai qu'il faut un certain caractère, et je crois que c'est inné. » Le droit social n'est sans doute pas la branche la plus lucrative.: « On gagne beaucoup moins que les avocats fiscalistes en fusion acquisition » confirme maître Quenez avec le sourire avant d'ajouter : « Dans 90 % des cas, nos clients viennent d'être licenciés. Il faut rester correct en termes d'honoraires. » La jeune avocate n'a pas eu de modèle illustre. Le droit du tavail a peu de figures médiatiques à l'exception de Philippe Brun (Moët & Chandon, Danone et SeaFrance) et Fiodor Rilov (Goodyear et Brunet Dentelles), qui sont loin d'avoir les faveurs accordées à Eric Dupont-Moretti ou Gilbert Collard.


Toutefois, même en droit du travail, une tribune médiatique nationale n'est pas à négliger selon Virginie Quenez : « Quand un important PSE devient médiatique, l'avocat a un rôle à jouer : avant même de défendre les salariés, il défend l'emploi. Il doit tout faire pour tirer vers le haut l'offre faite par l'employeur de manière à sauver un maximum d'emplois. » En 2014, Virginie Quenez accompagnera les ex-Calaire devant les prud'hommes de Calais. Le dossier de LKI n'en est pas encore à ce stade. Au travers de ces deux dossiers, Virginie Quenez représente 173 personnes précipitées dans le chômage. L'avocate se revendique haut et fort du côté des salariés, sans rejeter pour autant l'éventualité de défendre un patron : « Ça m'est arrivé... Le monde n'est pas tout noir ou tout blanc. Un employeur peut avoir, lui aussi, des motifs pour saisir les prud'hommes. Il faut garder son ouverture d'esprit. Mais, de par mon étiquette politique, les employeurs ne viennent pas me voir... »

 

Grégory FAUCQUEZ

 


« Il faut d'abord gagner face à la droite »

Outre son métier d'avocat Virginie Quenez est engagée dans la vie publique. Membre du Parti communiste, conseillère municipale, elle est candidate sur la liste de Jacky Hénin, « Calais, encore et toujours » Qu'est-ce qui vous a rapproché du Parti communiste ?


Je n'ai pas vraiment reçu de "culture politique" de la part de mes parents. On ne parlait pas de politique à la maison. J'ai commencé à m'y intéresser vers 17-18 ans, en marge de mes études qui m'ont permis de rencontrer d'autres personnes, et d'avoir une ouverture d'esprit sur ce qui se passe dans le monde.


C'est à ce moment-là que j'ai rencontré des personnes du Parti communiste qui m'ont conviée à des réunions. C'est vrai que je me suis d'abord demandé ce que j'irais faire dans un parti politique. Ce qui m'a convaincue, c'est d'avoir rencontré des gens avec qui j'ai eu des discussions intéressantes. Des gens qui avaient le même regard que moi sur la société, même si on ne peut pas être d'accord sur tout. On a cette même envie que la population se sente mieux là où elle vit.


Quelle est votre analyse du bilan de la majorité actuelle ?


Ce que je retiens d'abord, c'est l'emploi. Natacha Bouchart est arrivée en 2008 avec des promesses, en disant qu'elle connaissait Nicolas Sarkozy et qu'à ce titre elle ferait facilement venir des entreprises sur le territoire et que ça engendrerait des milliers d'emplois. Le chômage était de 13 % en 2008 ; il est de 18 % aujourd'hui. Où sont les milliers d'emplois ? Nous sommes en période de crise, il n'y a aucune personne politique qui puisse promettre des milliers d'emplois. C'est irresponsable. C'est une stratégie de campagne qui s'est avérée favorable pour Natacha Bouchart, mais je suis certaine que ça va la desservir aux prochaines élections municipales. Les Calaisiens se souviennent de ses promesses. Et ils vont sanctionner ça, comme ils sanctionneront l'augmentation des impôts locaux.

 

Les Calaisiens ont le sentiment légitime de payer toujours plus d'impôts alors que rien ne leur revient. Pourquoi paie-t-on des impôts ? Pour bénéficier de services publics. Mais où sont-ils ? La majorité en place était en mesure et avait les moyens de faire ce qu'elle souhaitait faire sans augmenter autant les impôts. Je pense aussi au camping municipal que la majorité a décidé de bouger pour faire un projet de palais de congrès qui ne répond en rien aux attentes des Calaisiens. Bien sûr qu'il faut des projets, mais d'abord des projets pour les Calaisiens.


En cas de victoire de la liste de Jacky Hénin, dans quel domaine souhaitez-vous vous investir ?
Nous n'en sommes pas encore là. Je suis sur cette liste pour servir la population calaisienne, mais chaque chose en son temps. Le premier combat, c'est de gagner les élections face à la droite.

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