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Le blog de Hervé Poly

Béthunois : Un hommage à la résistance populaire

23 Décembre 2011, 07:00am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

« Le Béthunois 1940 – 1944. Occupation et résistance ». Un fascicule richement illustré et d’excellente facture qui nous plonge dans l’univers de la résistance à l’occupant nazi et à ses alliés vichystes. Une façon « de développer la mémoire de la résistance populaire en tentant de comprendre comment des gens simples qui n’y étaient pas forcément prédisposés, se sont retrouvés dans la résistance par la force des choses», souligne Martine Bottineau, co-auteure. Pour combler une lacune historiographique, certes. Mais pas seulement. La professeure d’histoire-géographie aujourd’hui retraitée, se dit surtout motivée par des préoccupations pédagogiques à l’heure où la Bête immonde pointe avec persistance ses délétères tentacules… Rencontre.

 

Martine-Bottineau-2.JPG


Comment vous est venue l’idée de vous pencher sur la résistance dans le Béthunois ?


A la fin des années 1990, nous assistions à la disparition d’ex-résistants du Béthunois comme Edmond Boulinguez, commandant des FTP. Jacqueline Laby (une ancienne conseillère municipale PCF décédée en 2008), et moi-même avons alors pris conscience d’un nécessaire devoir de mémoire car tout allait se perdre… Un travail d’autant plus utile qu’aucune étude fouillée n’avait encore été consacrée à ce sujet.

 

A partir de quelles sources avez-vous travaillé ?


Nous avons débuté nos recherches à partir de la liste des 32 martyrs qui figurent sur la plaque située en face de l’église Saint-Vaast. Nous avons parcouru leur fiche d’état-civil aux Archives municipales. J’ai été surprise de voir le parcours de vrais résistants cantonnés à quelques lignes, sans détails sur leur engagement, hormis parfois un laconique « Mort pour la France ». A Béthune, des places ou des rues portent aussi le nom d’anciens résistants comme le cheminot Edouard Carlier qui deviendra député. Nous nous y sommes aussi intéressés. Nous avons collecté les témoignages des acteurs même de la résistance ou de leurs proches, puis sommes allés aux Archives départementales à Dainville pour recouper nos informations.

 

De quand datez-vous les débuts de la résistance à Béthune ?


Très tôt. Dès leur arrivée en mai 1940, les Allemands y installent un camp de prisonniers de guerre, des Français et des Anglais notamment. Certains s’évaderont grâce à des complicités au sein de la population. Ils étaient mis en attente à l’étage d’un café de la rue des Treilles avant d’être évacués vers la zone libre par des cheminots comme Henri Dubois. Au départ, il s’agit de démarches individuelles de Béthunois encore marqués par les atrocités commises par les Allemands qui avaient occupé la ville lors de la Première Guerre mondiale. En 1940, ce sentiment germanophobe sera conforté par les massacres commis à l’encontre de civils, près d’ici, à Paradis-Lestrem ou l’exécution de mariniers sur les bords du canal de Beuvry….

 

 

La résistance allait prendre d’autres formes par la suite ?


Bien sûr. Si l’opposition communiste à la présence allemande se manifeste dès 1940, c’est à partir de 1941 que des réseaux se constituent. Avec à sa tête, Maurice Charpentier, Henri Dubois ou Armand Racine, le Front national rassemble ainsi des communistes mais pas seulement. Les actions se multiplient. Impression de journaux clandestins dans une librairie de la rue d’Aire, mais aussi de tracts jetés sur le marché par des femmes, petits sabotages dans les mines comme à la fosse 8 de Verquin. Assassinat d’un commissaire à Beuvry en 1943… Attaques à mains armées de mairies pour se procurer des tickets de rationnement, notamment à partir de 1943 à l’heure où beaucoup de jeunes basculent dans la clandestinité parce qu’ils refusent le Service de Travail obligatoire (STO) en Allemagne... Plus tard, apparaîtront l’Organisation civile et militaire (OCM) avec le docteur Louis Dhenin, ou encore les mouvements Sylvester Farmer et La Voix du Nord. Ces organisations se distingueront davantage dans le renseignement.

 

Quelles conclusions personnelles tirez-vous de ces recherches ?


Si à la Libération, beaucoup ont prétendu être résistant, en réalité, ils n’étaient qu’une minorité qui ont réagi à l’insupportable. Il est vrai que la répression aura été terrible. Aujourd’hui encore des zones d’ombre persistent. Des parcours sont mal connus. J’invite toutes personnes susceptibles de compléter nos informations à me contacter.

 

gugul-html-m65ed1c20Propos recueillis par Jacques KMIECIAK

 

  • « Le Béthunois 1940 – 1944. Occupation et résistance » par Martine Bottineau et Jacqueline Laby. 15 € (dont 5 € de frais de port). Chèque à libeller à l’ordre de « Association Résistance au quotidien » et à envoyer à Martine Bottineau, 143, rue de Souchez, 62400 Béthune. Rens. : 03.21.56.92.28.

 


 

De Dhennin à Virique, de Quinet à Porik…


« Le Béthunois 1940 – 1944. Occupation et résistance » vient en complètement d’une brochure éditée en 2000 et aujourd’hui épuisée (Le Béthunois 1940 – 1944. Une Résistance au quotidien »). Dans ce second tome, le lecteur appréhende les itinéraires de Voltaire Dhennin, héros communiste de la résistance beuvrygeoise fusillé en mai 1944, de la Béthunoise Alice Dubois, déportée en Allemagne, ou encore de Jules Virique, un mineur des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) de Verquin qui avait fait sienne cette devise de Robespierre : « Je suis du peuple, je n’ai jamais été que cela, et je méprise quiconque a la prétention d’être quelque chose de plus. » Martine Bottineau y évoque aussi les figures de Cyprien Quinet, député communiste d’avant-guerre, dévoré par les chiens à Dachau ou encore, « pour rappeler que des étrangers aussi participèrent à la Résistance », le sort tragique du lieutenant de l’Armée rouge Vassili Porik dont le souvenir est toujours entretenu à Hénin-Beaumont où il repose. La résistance cheminote, la tragédie du Bois de Bourlon de juin 1944, sur la base du témoignage d’Eugène Mortreux, un rescapé, ou encore les conditions de l’occupation à Béthune font aussi l’objet de toute son attention. Une brochure à parcourir pour éviter aussi que «  l’histoire ne se répète »…

J.K.

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