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Le blog de Hervé Poly

L’État s’acharne sur Georges Abdallah

6 Novembre 2014, 10:44am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Lina Sankari

Mercredi, 5 Novembre, 2014

La demande de libération du révolutionnaire, le plus ancien prisonnier politique d’Europe, a été rejetée hier par le Tribunal d’application des peines. La défense y voit une nouvelle fois la main de Washington.

Ronald Reagan n’est pas mort et la guerre froide est relancée. C’est la leçon magistrale qu’il faudra retenir de la décision du Tribunal d’application des peines de Paris, déterminé à défendre un concept que l’on croyait définitivement mort et enterré : « le monde libre ».

Pour la neuvième fois, la justice française a rejeté la demande de libération du militant révolutionnaire libanais Georges Ibrahim Abdallah. Le plus ancien prisonnier politique en Europe, qui vient d’entamer sa 31e année de prison au centre pénitentiaire de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Libérable depuis 1999, Georges Abdallah, symbole de la résistance palestinienne, fait face à un véritable acharnement politique.

Pour son avocat Jean-Louis Chalanset : « l’atteinte à la séparation des pouvoirs (était) flagrante (…). Une nouvelle fois, les États-Unis ont imposé au gouvernement français leur volonté de se venger ».

Condamné à la perpétuité en 1987

Membre des Fractions armées révolutionnaires libanaises (Farl), il est arrêté en 1984 à Lyon pour détention d’un faux passeport algérien. Deux ans plus tard, il est condamné à quatre ans de prison.

L’affaire aurait pu en rester là si la France n’avait pas alors été plongée dans une vague d’attentats, dont celui de la rue de Rennes perpétué par des islamistes chiites proches de l’Iran. George Abdallah est dans le même temps inculpé de complicité d’assassinat d’un attaché militaire états-unien, le lieutenant-colonel Charles Ray, d’un membre des services secrets israéliens, du diplomate Yacov Barsimentov et, à Strasbourg, du consul général des États-Unis, Robert Onan Homme. Tous entièrement tournés à l’époque dans le soutien aux crimes israéliens au Liban et à la lutte contre les progressistes libanais et palestiniens. Lors du procès de 1987, une cour d’exception, où les États-Unis se constituent partie civile, condamne Georges Abdallah à perpétuité, une peine assortie de quinze ans de prison. À l’époque, l’Humanité écrit : « Washington a gagné, sous les applaudissements de Tel-Aviv (…). Le procès Abdallah a été de bout en bout piloté pour et par une puissance étrangère. »

Quand le pouvoir exécutif empiète sur le pouvoir judiciaire

Les majorités politiques changent mais l’acharnement se poursuit. Selon des câbles diplomatiques révélés par WikiLeaks, le médiatique avocat Georges Kiejman, qui représente les intérêts de la partie civile américaine, s’inquiétait déjà en 2007 de la demande de libération formulée par Georges Abdallah. Avec le soutien de Washington et de la direction de la surveillance du territoire (DST), il fait alors pression sur le ministère de la Justice français afin que cette requête n’aboutisse pas.

L’ambassadeur américain en France fait part de sa « gratitude » au garde des Sceaux de l’époque, Pascal Clément. En 2012 et 2013, le même activisme aboutira à un rejet judiciaire similaire. Pourtant, en 2012, une décision favorable avait été rendue par le juge d’application des peines, puis en appel, mais la Cour de cassation avait finalement déclaré la demande irrecevable. La justice a en outre rejeté hier la demande de bénéficier d’une année probatoire, préalable à une libération. Selon Me Chalanset, cette année aurait pu être effectuée au sein d’un établissement pénitentiaire plutôt qu’en régime de semi-liberté ou sous surveillance électronique compte tenu des menaces qui pèsent sur la vie de Georges Abdallah. « Le pouvoir exécutif empiète sur la justice, qui a estimé qu’il pouvait bénéficier d’une libération conditionnelle s’il était expulsé », a expliqué Me Chalanset à l’issue du verdict. Il suffirait en effet à la France de signer un arrêté d’expulsion pour le Liban. Beyrouth a d’ores et déjà donné son accord pour accueillir Georges Abdallah, qui n’a cessé de faire valoir aux juges parisiens sa volonté de reprendre son métier d’enseignant au pays du Cèdre.

Au moment où les lignes semblent bouger en Europe autour de la reconnaissance d’un État palestinien, la France fait le choix de condamner la résistance à travers Georges Abdallah. Peut-être Paris devrait- il méditer cette phrase du révolutionnaire datée de mai 2013 : « Les prisonniers palestiniens, en dépit des longues années, sont toujours là, debout face à leurs geôliers, incarnant la résistance héroïque de la Palestine et prouvant à tous les Ben Gourion que la Palestine, non seulement vivra, mais elle vaincra certainement. »

EN PLEINE GUERRE DU LIBAN, LA LIBÉRATION PAR LA RÉVOLUTION

Créée en 1979, en pleine guerre civile, la Fraction armée révolutionnaire libanaise (Farl) est un mouvement palestinien issu de l’éclatement du Front populaire de libération de la Palestine. Un an plus tôt, Tel-Aviv envahit le sud du Liban (opération «Litani») et la Farl milite pour la libération du pays des puissances étrangères française, américaine et israélienne, ainsi que pour la création d’un État palestinien. La Fraction armée révolutionnaire libanaise bénéficie du soutien du Parti nationaliste socialiste syrien et aurait eu des liens avec Action directe et les Brigades rouges italiennes .

L’État s’acharne sur Georges Abdallah

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