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Le blog de Hervé Poly

« Il ne peut y avoir de liberté pour un peuple sans liberté des femmes »

26 Novembre 2014, 09:46am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Société violences faites aux femmes turquie

Portrait réalisé par Stéphane Aubouard

Lundi, 24 Novembre, 2014

Photo : Francine Bajande

Née en 1980 à Istanbul, réfugiée politique, Nurcel Kiliç, présidente de la Fondation internationale des femmes libres, est l’une des figures majeures du féminisme d’aujourd’hui et du combat des Kurdes dans le monde.

La politique et le féminisme, Nurcel Kiliç a été baignée dans leurs eaux vivifiantes et parfois agitée dès son plus jeune âge. Fille de journalistes kurdes de Turquie exilés en France au début des années 80, elle a appris dès son arrivée sur terre que le monde n’était pas un long fleuve tranquille. « Mon père et ma mère étaient recherchés pour leurs activités et, enfant déjà, j’ai été contrainte à l’exil, aujourd’hui encore j’ai le statut de réfugiée politique », explique l’actuelle présidente de la Représentation internationale du mouvement des femmes kurdes. « Il m’a donc fallu apprendre à vivre avec cette double culture. Mais mes parents étant des intellectuels, j’ai été moins confrontée au problème communautaire et patriarcal ; et bien qu’étant originairement de confession alévie, j’ai grandi dans une atmosphère athée. »

Jusqu’à l’adolescence, Nurcel vivra donc au rythme des nouvelles concernant le front kurde. Le téléphone marche à plein entre la France et la Turquie, et des hommes et des femmes, majoritairement des militants et des militantes, remplissent régulièrement le salon de l’appartement familial. « Je ne comprenais pas trop ce qui se passait, je voyais passer des gens. Certains, malgré leur engagement, transpiraient encore le patriarcat et puis un jour une femme est arrivée et m’a parlé comme personne ne m’avait jamais parlé auparavant. »

Cette femme, c’est Sakine Cansis, assassinée à Paris le 9 janvier 2013 (avec Fidan Dogan et Leyla Soylemez), et co-fondatrice du PKK avec Abdullah Öcalan, l’actuel leader du Parti des travailleurs du Kurdistan, emprisonné depuis 1999 par les autorités turcs. « J’ai senti une personne différente, elle savait parler à ma jeunesse, elle ne m’a pas demandé si je voulais faire partie du PKK... Elle m’a simplement demandé ce que je voulais faire dans le futur. » Cette position adogmatique séduit aussitôt la jeune fille qui, aux côtés de Sakiné, prend conscience de son identité kurde à travers la politique et le féminisme dont la co-fondatrice du PKK est imprégnée. « Quand, à 18 ans, j’apprends le complot international autour de notre leader Abdullah Öcalan, je décide de m’engager définitivement dans la lutte. »

C’est la cause féministe kurde qu’embrasse aussitôt Nurcel. Elle se retrouve d’abord en Allemagne à Düsseldorf où elle travaille au « bureau des femmes kurdes pour la Paix » avant de rejoindre, quelques années plus tard, la Fondation internationale des femmes libres qu’elle préside depuis 2006. « C’est à cette époque que je lis les grandes figures du féminisme : Olympe de Gouge, Clara Zedkin, Rosa Luxembourg… », se souvient Nurcel que son activité et son activisme amènent à sillonner l’Allemagne, la France ou encore les Pays-Bas. Et même Makhmour, au Kurdistan irakien, où vivent des Kurdes de Turquie. « Dans l’action, les rencontres, les interviews que je mène dans la communauté kurde en Europe ou autochtone, je me rends compte de la violence quotidienne, psychologique, domestique et étatique parfois sourde ou invisible dont sont victimes les femmes. »

Aujourd’hui, l’analyse politique a rejoint la lutte pour l’émancipation des femmes. Des assemblée populaires féministes de femmes kurdes sont mises en place dans une trentaine de villes en Europe. « Cela va dans le sens de ce nous tentons d’instaurer en Syrie et en Turquie, reprend-elle, c’est ce que le peuple kurde porte en lui aujourd’hui : il ne peut y avoir de liberté pour un peuple sans liberté des femmes. » A Rojava, (Kurdistan syrien) - où l’Etat islamique tente de prendre le canton de Kobané depuis deux mois - comme dans les 102 municipalités turques prises par le HDP (parti représentant le PKK au parlement turc) aux dernières municipales de mars 2014, une expérience démocratique de co-gouvernance unique au monde est aujourd’hui en place : un homme et une femme occupent simultanément chaque poste clé d’administrations de ces régions. Une situation apparemment évidente. Une évidence pour laquelle Nurcel Kiliç n’est pas prête à arrêter le combat.

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