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Le blog de Hervé Poly

Les campagnes toujours plus vides

9 Juillet 2014, 08:47am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Les campagnes toujours plus vides

Agriculture

Marie-Noëlle Bertrand

Juillet, 2014

Continu depuis vingt ans, le déclin des exploitations vient de franchir un nouveau cap. En 2013, leur nombre est passé en dessous de 300 000.

C’est ce que l’on appelle une culbute. Le revenu moyen des agriculteurs a accusé, en 2013, une gamelle de près de 20 % par rapport à la moyenne des trois années précédentes. Comparée à la seule année 2012, la baisse globale dépasse même les 22 %. La donnée n’est encore que provisoire (1) et a été fournie, mardi, par la commission des comptes de l’agriculture nationale (Ccan). Une commission comme il en existe beaucoup d’autres au sein de l’Insee et qui, deux fois l’an, dresse le portrait économique du secteur à grands traits de chiffres et de bilans. Celui de 2013 a la gueule de travers, donc, comme l’avait laissé penser le rapport prévisionnel publié en décembre, quoique la baffe ne fût pas présumée aussi cinglante : on ne parlait alors que d’une chute de 18,6 %…

Avancé dans ce même document, un autre chiffre défraie moins la chronique. Il est, pourtant, tout aussi révélateur de l’état de l’agriculture métropolitaine (car l’Insee ne fait pas, ici, l’examen des exploitations ultramarines) et de toute façon corrélé, dans une certaine mesure, au premier. C’est celui du nombre de fermes, ou plutôt de son déclin. Continu depuis vingt ans, il vient de passer en dessous de la barre significative des 300 000. En 2013, l’Hexagone ne comptait ainsi plus que 295 134 exploitations moyennes et grandes, contre 300 600 l’an dernier.

En 1950, la France comptait 2 millions de fermes

La dégringolade n’a pas commencé d’hier. En 2010, on dénombrait encore 312 200 fermes, et près de 386 300 en 2000, rappelle l’Insee. Encore, sa comptabilité laisse-t -elle un angle mort, en ne mêlant pas aux totaux les petites exploitations, autrement définies par les statisticiens comme celles dégageant moins de 25 000 euros de chiffre d’affaires. « Cela exclut de fait les agriculteurs cotisants solidaires (statut qui accompagne certains projets d’installation – NDLR), les petites polycultures, ou en encore les doubles actifs, qui exercent un autre métier en plus de celui de paysan », note André Bouchut, producteur de myrtilles et de champignons dans la Loire et représentant de la Confédération paysanne à la Ccan.

En vingt ans, notait l’Insee dans un précédent rapport (2), la métropole aura finalement perdu 50 % de ses fermes, ne parvenant plus à endiguer l’hémorragie dans des campagnes autrefois bien remplies et aujourd’hui exsangues.

En 1950, la France comptait encore 2 millions de fermes. Au début des années 1970, le chiffre avait réduit de moitié. Mais, si la modernisation du pays peut, en partie, expliquer le phénomène de l’époque, celui qui s’est installé depuis la fin des années 1980 est tout autre. « Le problème n’est plus démographique : c’est un problème d’installations », note Didier Caras, du service des études économiques des chambres d’agriculture. Les jeunes ne répondent plus présent. Baisse d’attractivité du métier, incertitudes économiques… les facteurs sont multiples et leur complexité se comprend à la lecture de certaines données.

Entre 2010 et 2012, indique ainsi le syndicat Jeunes agriculteurs (JA), le nombre d’installations bénéficiant d’aides d’État a progressé moins vite que celui des installations non aidées. La lourdeur administrative qui accompagne les demandes de subventions explique en partie le phénomène. « Certains jeunes préfèrent y renoncer, voire, à l’extrême, renoncer à s’installer dans les filières les plus économiquement dures », explique Cihem Gharbi, des JA.

Contexte difficile, prix fluctuants, absence de visibilité à plus de cinq ans : beaucoup rebroussent aussi le chemin engagé vers l’agriculture sous le coup des incertitudes. Est-ce ce qui s’est passé dans le secteur du lait, frappé par des crises récurrentes depuis 2009 ? Toujours est-il que de 48 200 en 2010, le nombre de fermes laitières est tombé à moins de 43 000 en 2013.

Le coût du foncier, surtout, achève d’achever les nouveaux postulants. La chute du nombre d’exploitations n’est pas uniquement synonyme de disparitions : leur concentration a, elle aussi, fait son œuvre. Si, depuis 2000, plus de 90 000 structures ont disparu, leur taille moyenne est passée de 42 hectares à 55 hectares (chiffres du recensement 2010). « Le fruit de l’intégration d’un discours dominant, relève Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, qui pousse les agriculteurs à augmenter leurs volumes de production pour tirer les revenus vers le haut. » Un grossir plus pour gagner plus défendu par les politiques dès les années 1980, et qui montre, là aussi, ses limites. Aujourd’hui, une exploitation pèse en moyenne 400 000 euros de capital. Un seuil rédhibitoire pour beaucoup de bourses, a fortiori pour les jeunes.

« Le comble, relève Laurent Pinate, c’est que les hausses de revenu promises ne sont de fait pas au rendez-vous. » Quoique là encore les choses méritent d’être relativisées. Certes, celui des céréaliers, connecté aux pris des marchés mondiaux, a pris un sérieux coup de mou en 2013, reculant de 56 % par rapport à la moyenne enregistrée en 2010-2011-2012. Mais il continue de dépasser de 47 % celui de la moyenne des exploitations agricoles. En comparaison, celui des maraîchers est, lui, de 20 % inférieur, celui des exploitations bovines de 40 % et celui des éleveurs de moutons et de chèvres de 45 %.

(1) Le rapport définitif est attendu en décembre.
(2) Insee 2010.

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