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Le blog de Hervé Poly

Pierre Outteryck écrit un livre pour raconter sa vie d’aveugle

21 Mai 2014, 08:03am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Il n’a pas voulu écrire une autobiographie, juste un court témoignage. Le Roubaisien Pierre Outteryck, 61 ans, connu pour son militantisme politique au sein du Parti communiste et son engagement associatif au Secours populaire français, se livre dans un opuscule très personnel : « Mon destin… ne pas être aveugle ». Cinquante pages pour raconter sa vie sans vue.

 

Pierre Outteryck

Pierre Outteryck

Vous le distinguerez sans doute avec sa canne et son chapeau, mais toujours sans lunettes noires. Pierre Outteryck, aveugle depuis plus de trente ans, malvoyant depuis sa naissance, refuse de se cacher. « Mes yeux plaisent ou ne plaisent pas. » Et qu’importe le regard des autres. Il raconte dans le livret consacré à sa vie de non-voyant qu’une voisine a eu peur de lui, l’aveugle. Elle n’est pas seule. « Le handicap fait peur pour deux raisons. Parce que vous ne savez pas comment vous y prendre. Parce que vous avez peur que ça vous arrive. » Soixante et un ans d’expérience vous parlent.

Pendant sa vie, l’homme, volubile et atypique, s’attarde pourtant peu sur son handicap. Tout juste se confie-t-il deux, trois fois. « Ça n’est pas facile de parler de ça. » Même pour lui, le chantre de la lutte contre les discriminations. Lui, le premier professeur certifié d’histoire mal voyant – le parcours du combattant dans les années 70 –, puis premier professeur aveugle agrégé d’histoire. Des années pourtant que Pierre Outteryck a perdu définitivement la vue. À 27 ans, après une opération de l’œil gauche. L’œil droit ne lui sert plus depuis qu’il a 7 ans. Il écrit : « Toute ma jeunesse, je voyais mal, très mal même. Jamais, je ne sus lire au tableau. À trois mètres, je ne vous aurais pas distingué. Tout était flou, aucune ligne nette. Mais, la force des habitudes, le désir inculqué de vivre. »

Vivre malgré tout

Refuser d’être une victime. Il récuse la compassion, la pitié. « J’ai bénéficié d’une double chance : avoir des parents profs et pas trop cons. Mon père ne voulait pas que je sois victime. » Une chance parce que ses parents ne lui interdisent presque rien. L’enfant malvoyant vit comme un autre. « Je descendais les cols pyrénéens à vélo. Je pratiquais l’escalade, le ski et le ping-pong. Je grimpais aux arbres et les murs. » Et ne voyait pas à trois mètres. Il lit beaucoup, joue aux échecs, aux cartes, fait fi des moqueries des gamins. « Ça ne me préoccupait pas ». Le regard des adultes, des enseignants, en revanche, le blesse. « J’ai eu des réflexions. Je sentais les réticences à mon égard. D’énormes réticences, même de certains enseignants pour qui les handicapés n’ont pas leur place, ils ne savent pas suivre, ils leur font perdre du temps. Nous sommes dans une société où le handicapé n’a pas totalement le droit d’être citoyen, même si ça avance. »

« Je ne me sentais pas singulier. » Ça change quand il perd la vue. Dans son livret, il raconte le moment « où tout a basculé », le jour où il comprend qu’il ne verra bientôt plus. Des maux de tête insupportables le conduisent à l’opération. Il en connaît la conséquence. « Oui, j’ai hésité. Quand le médecin hésite, vous hésitez aussi ! » Pierre Outteryck, 27 ans, devient aveugle, le restera. Il doit d’abord l’accepter. Pendant quelques heures, seul au septième étage d’un immeuble d’Hautmont, ville dans laquelle il enseigne, il pense mettre fin à ses jours. L’hésitation dure 4-5 heures. Il ne saute pas. Ce jour-là, il décide de « vivre, d’avoir la vie la plus normale possible ». « En même temps, je refuse ce qui m’est arrivé. Je refuse d’être aveugle. » La bataille commence. La première sortie avec une canne, seul, mettra plusieurs années. « Le plus compliqué, c’est de ne pas avoir peur de sortir, de demander et de se faire aider. Être en attente d’une aide, devoir demander, râler parce que ça ne va pas assez vite. Tout ça, c’est compliqué. »

Trente ans plus tard, il peut marcher seul – mais n’est jamais contre un coup de pouce –, enseigne toujours l’histoire-géographie. Entre-temps, il est devenu dirigeant national du Secours populaire pour lequel il est responsable de l’aide aux personnes handicapées. Il envisage même de s’inscrire en thèse. Un exemple, Pierre Outteryck ? Sûrement pas. Il refuse de l’être. L’homme livre simplement son envie de continuer à vivre. Comme il l’entend.

 

« Mon destin… ne pas être aveugle » aux éditions Le Geai Bleu. 6 €.

Tel : 06 75 68 59 61. legeaibleu@orange.fr http://legeaibleu-editions.fr/