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Le blog de Hervé Poly

Comprendre Maurice Thorez, c’est comprendre que l’on peut faire l’histoire

18 Avril 2014, 08:30am

Publié par hervepolypcf62.over-blog.com

Maurice Thorez (1900 – 1964). Entre l’oubli et l’ignorance
Valère Staraselski présente le dossier de "La faute à Diderot" sur Maurice Thorez, à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition

À une époque décisive pour la France, le Président Maurice Thorez a, à mon appel, et comme membre de mon gouvernement, contribué à maintenir l’unité nationale. Charles de Gaulle

...de toute conversation avec Thorez, un universitaire sortait abasourdi par la richesse de sa culture et sa fringale de connaissance. Jean Bruhat

Dans Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Marc Bloch écrit : « L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent : elle compromet, dans le présent, l’action même ».

Ainsi en est-il, semble t-il, du communisme du vingtième siècle, classé une bonne fois pour toutes au rayon totalitarisme. Lorsqu’il s’agit de mouvement pour la justice et l’émancipation, la guerre idéologique ne faiblit pas, jamais. Quoi de plus normal. A ce propos, il me revient ce que me disait un jour Roland Leroy au sujet d’un chroniqueur de l’Humanité : « Celui-ci, vois-tu, a honte d’être communiste ». Force est de constater qu’il n’a pas été et n’est pas encore le seul. Souvenons-nous de la sortie d’Yves Montand dans les années quatre vingt, disant que pour demeurer communiste, il fallait être ou un con ou un salaud ! De toute évidence, après les sous-sols de la loubianka et le Goulag, les millions de victimes de la soi-disant révolution culturelle chinoise, les massacres de masse des Khmers rouges, on peut aisément comprendre cette honte. On peut, oui, assurément, mais sans pourtant la partager. François d’Assise et Torquemada appartenaient à la même Eglise, soit, mais pas de la même façon.

Et serait-il raisonnable et juste historiquement d’assurer que le camp dit libéral est tout entier dans les guerres déclenchées et aux millions de vies fauchées, à l’extermination des indiens d’Amérique, aux premiers camps de concentration dans les colonies, aux massacres de masse au Congo, en Indonésie, aux villages irlandais rasés, aux soutiens à des dictatures sanglantes, à des coups d’Etat militaires ? … Evidemment non. Paradoxe, il paraît plus difficile aujourd’hui de dire tout haut sa désapprobation de la présence du candidat du Front de gauche à la présidentielle lors de la remise de la légion d’honneur par Sarkozy à l’émule de l’extrême droite, Patrick Buisson (cela s’apparenterait plutôt à l’ignorance du présent), que d’inciter à méditer le jugement du très libéral américain Hayek affirmant qu’il n’y aurait pas eu de Déclaration Universelle des Droits de l’Homme possible en 1948 sans l’existence, donc le contrepoids, de l’Union Soviétique ! L’ignorance du passé, écrivait Marc Bloch, co-fondateur des Annales d’histoire économique et sociale, torturé puis fusillé par les troupes d’occupation allemandes en juin 1944…

Ainsi, il est malheureusement facile de constater que la place et le rôle du parti communiste français dans l’histoire de notre pays sont soit minorés soit passent à la trappe.

Maurice Thorez, des rues, des avenues portent encore son nom. Mais qui était-il, quelle fut sa place ? Il ya cinquante ans, le 11 juillet 1964, il disparaissait après dix années de contre-coup d’un accident vasculaire cérébral. Né dans le Pas-de-Calais le 28 avril 1900, mineur, valet de ferme, il a été secrétaire général du PCF de 1930 à 1964, député, ministre de la fonction publique de 1945 à 1947 et vice président du Conseil en 1947.

Pour des milliers de nos concitoyens, il aura été l’incarnation d’une conscience politique fidèle à l’Union Soviétique en même temps que l’initiateur et le constructeur d’une voie nationale au socialisme, ainsi que le défenseur intransigeant de l’intérêt de la France.

Sans taire son fourvoiement théorique de la fin dans la fameuse loi de paupérisation des classes populaires occidentales et l’occasion manquée d’un eurocommunisme précurseur avec l’italien Togliatti, reconnaissons à Maurice Thorez le rôle de premier plan qu’il joua dans le mouvement communiste international et dans le destin de la France.

En 1922, selon l’article de Wikipédia, « Souvarine avait remarqué le jeune militant du Pas-de-Calais, solide, limpide, sachant analyser simplement une situation concrète ».

Entre autre chose, l’Histoire retiendra qu’il aura été le seul dirigeant du bureau politique du PCF à voter pour la participation au Gouvernement du Front populaire en 1936. L’ignorance du passé…

Avec ce retour à Maurice Thorez, La faute à Diderot entend, très humblement, se rendre utile dans le but avoué et même revendiqué de ne pas compromettre dans « le présent, l’action même ».

Aussi, de la contribution d’Hervé Poly, secrétaire départemental du PCF du Pas-de-Calais, Comprendre Maurice Thorez, c’est comprendre qu’on peut faire l’histoire, à l’article de l’historien Stéphane Sirot, Maurice Thorez, héros communiste sur la fabrication du mythe, en passant par le discours d’octobre 1934 lançant la politique de Front populaire, de l’interview au Times de 1947, aux extraits du témoignage de Giulio Cerreti A l’ombre des deux T, en passant par l’article de Robert Hue, Maurice Thorez, homme d’état et l’article de Lucien Wasselin Déplonger sur les liens entre Aragon et Thorez, La faute à Diderot essaie avec ces quelques pages de contribuer utilement à la célébration des cinquante ans de la disparition de Maurice Thorez.

 

Comprendre Maurice Thorez, c’est comprendre que l’on peut faire l’histoire
Par Hervé Poly

Né à Noyelles-Godault, dans le Pas-de-Calais le 28 avril 1900, Maurice Thorez, c’est Zola plus la guerre. Quelques années après sa naissance, non loin de sa ville natale, c’est la catastrophe de Courrières et ses centaines de victimes de l’exploitation : nous sommes le 10 mars 1906.

On n’est déjà plus dans la petite histoire, on entre dans celle du mouvement ouvrier. L’histoire, c’est aussi celle racontée dans Fils du peuple dans un dialogue avec Jean Fréville, l’ami qui magnifie le personnage au point que certains n’y voient plus qu’une caricature. Il est vrai qu’il ne sert à rien de s’en tenir aux images d’Epinal. Les travaux d’historiens, communistes ou non, parmi lesquels on peut citer Roger Martelli, Stéphane Sirot, Jean Vigreux, Annette Wievorka, Serge Wolikow, ont fait beaucoup pour mieux saisir l’apport de Maurice Thorez tout en le resituant dans le contexte de son époque. C’est ainsi qu’on peut apprécier maintenant le rôle d’Eugène Fried, envoyé de l’Internationale communiste auprès du PCF, et les liens étroits qu’il noua avec Maurice Thorez, ainsi que la part de l’Internationale dans l’émergence de la stratégie audacieuse et créatrice du PCF au moment au moment du Front populaire.

De nombreux ouvrages ont été écrits pour cerner le personnage, comprendre l’homme issu des couches populaires du Nord de la France pour devenir l’homme d’Etat que l’on sait. Rien n’est linéaire dans ce parcours atypique à nul pareil et qui n’a eu de cesse toute sa vie durant de remercier les mérites de l’école laïque et de ses instituteurs, un personnage qui a marqué son parti, d’une empreinte indélébile, pour l’unité de la classe ouvrière, pour l’unité du peuple de France.

Dire cela c’est déjà prendre parti. Et alors ? Prendre parti pour Maurice Thorez, c’est avant tout tenter de comprendre la complexité de ces années qui virent s’abattre sur le monde deux guerres mondiales et ses dizaines de millions de morts. Ce contexte explique aisément que Maurice Thorez ait tenu à faire saluer le nom de Staline au lendemain du 20ème congrès du PCUS, un nom qui s’identifiait pour lui au tribut donné par l’Union soviétique à la victoire contre le nazisme, car, faut-il le rappeler, 80% des soldats de la Wermarcht furent tués sur le front de l’Est. Dire cela n’est pas justifier l’erreur de ne pas publier en France le rapport Krouchtchev.

Maurice Thorez : le choix de l’unité

C’est à la tête du jeune Parti communiste que le jeune dirigeant marque son empreinte en luttant pied à pied contre l’opportunisme hérité des vieux partis de Frossard, Souvarine, Sellier…, tout en luttant résolument contre les différents sectaires de « gauche ». 1930 marque un tournant décisif, une prise de conscience qui fera dire à certains avec excès : « Le parti avait des dirigeants, il a désormais un chef ». Le 25 juillet 1930, il écrit dans l’Humanité :« Trop de « mécanisme », de sectarisme, de phrases pseudo-révolutionnaires subsistent et rejettent le nouvel adhérent ». Le 6 novembre 1930, il écrit aussi : « le fascisme, c’est la proclamation ouverte à la dictature de classe de la bourgeoisie, mais c’est aussi la démagogie outrancière auprès des travailleurs ».

Mais le texte que nous devons souligner pour sa clairvoyance c’est cet appel du 13 octobre 1930, qui deviendra le cri du Front populaire en y ajoutant la liberté : « La paix et le pain, telle est bien la question angoissante que se posent, à travers le monde, des millions d’hommes écrasés sous la dure loi du capitalisme ». C’était là des prémices, et combien savent qu’ensuite ce fut Maurice Thorez qui, en 1934, face au danger fasciste, fut à l’origine du Front populaire ? Combien savent encore le rôle qui fut celui du PCF quand se déclencha la guerre d’Espagne et qu’alors que le gouvernement français refusait aux républicains espagnols les armes dont ils avaient besoin, il fut à l’initiative des Brigades internationales ? Les querelles sur la date de l’entrée en résistance du PCF sont d’ailleurs étranges : c’est avant l’heure qu’il entrât en résistance quand d’autres forces politiques capitulaient.

Par sa volonté, Maurice Thorez trace un chemin tout en se faisant l’héritier du POF de Jules Guesde pour donner un socle plus large, une assise de masse, un rayonnement national au jeune Parti communiste, comme de Jaurès et de son combat pour éviter la guerre jusqu’à son assassinat.

D’un même mouvement, comme le souligne Waldeck Rochet : « Les communistes, sous son impulsion, ont repris les meilleures traditions républicaines. Ils ont mêlé les plis du drapeau tricolore à ceux du drapeau rouge et les accents de la Marseillaise au chant de l’Internationale. » Il ne s’agit pas là d’une affirmation de pure forme. Il faut se souvenir que les Etats-Unis projetaient au lendemain du débarquement de mettre la France sous leur administration avec le concours direct des vichystes. C’est le choix, qui n’allait pas de soi, fait par Maurice Thorez et les autres dirigeants du PCF de l’alliance avec De Gaulle qui fit échouer ce projet, qui aurait donné un tout autre visage à la Libération, et certainement pas celui des conquêtes sociales.

L’unité, sa marque de fabrique et l’action, son maître mot. Car comprendre Thorez c’est surtout comprendre que la théorie sans pratique n’est qu’une parure susceptible de vous conduire à des divagations, à des errements.

Aragon, dans un article de 1950 paru dans La tribune des Mineurs et mis en lumière par Lucien Wasselin, écrit le mérite très haut du livre de Jean Fréville Fils du peuple, précisément de nous montrer Maurice Thorez dans la nation :« Cette politique nationale qui continue contre la Marschallisation de la France, contre la soumission aux industriels d’Amérique, contre le pacte atlantique qui prépare de nouveau la guerre, c’est cette politique de paix, de lutte pour la paix qui fait la politique de Maurice Thorez ».

Oui Maurice Thorez c’est un pan de l’histoire du PCF, de l’histoire du mouvement ouvrier, de l’histoire de France.

On pourrait dire encore tant de choses mais dans l’actualité de cette année 2014, dans le territoire qui l’a vu naître Noyelles Godault, Hénin Liétard, Courrières, Montigny-en-Gohelle…

En effet, nous sommes confrontés à une tentative de renversement de l’histoire par une imposture sociale incarnée par le Front national et la famille Le Pen.

Une forme d’insulte à l’histoire qui me fait dire avec conviction que c’est par le populaire que nous avons le moyen de combattre le populisme, c’est par notre unité de valeur que nous pouvons trouver le bon remède, le pharmakondirait le philosophe dans une terre empreinte de lutte, de souffrance et de solidarité.

Marx disait que celui qui ne connaît pas l’histoire se condamne à la revivre. En fait, ce que nous dit l’auteur du Manifeste, c’est que surtout nous nous condamnons à ne pas faire l’histoire. C’est justement cela que je perçois dans l’action du dirigeant, homme d’Etat nommé Maurice Thorez. C’est pour cela que, sans fard, je déclare comprendre Thorez, c’est comprendre que nous pouvons encore faire l’histoire.

Dans un merveilleux mot, Jean Fréville écrit ceci pour résumer la pensée de Thorez : « réconcilier le passé et l’avenir en ne gardant de l’un que ce qui peut servir l’autre ». D’une actualité brûlante qui devrait guider nos réflexions et nos actions communes.

Hervé Poly est secrétaire de la fédération du PCF du Pas-de Calais

Maurice Thorez Par Aragon

http://www.hervepolypcf62.com/article-maurice-thorez-par-aragon-104642116.html